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Programme

Session 1

3 février 2022

Mères et maternités en Inde contemporaine, recherches de terrain

Campus ULaval
12:00 pm - 2:30 pm

L'ambivalence des politiques de la maternité en Inde contemporaine

Clémence Jullien CNRS, Centre d’Étude de l’Inde et de l’Asie du Sud (EHESS/CNRS)

Dans les années 2000, le gouvernement indien a lancé un programme de santé ambitieux pour inciter les femmes à accoucher à l’hôpital et juguler la mortalité materno-infantile. Ces campagnes de sensibilisation, assorties de la gratuité des soins obstétricaux, ont permis de démocratiser l’accès à l’hôpital public. Si, l’État indien peut se targuer d’avoir institutionnalisé l’accouchement en un temps record, l’observation montre que les aspirations de démocratisation des soins sont quotidiennement mises à mal par la violence bureaucratique et par le pouvoir discrétionnaire des agents hospitaliers. Qui plus est, les programmes de santé maternelle censés garantir l’accès aux soins tendent, contre toute attente, à envenimer les relations soignants-soignés et à cristalliser les tensions socio-religieuses. En révélant l’ambivalence des politiques de la maternité à partir de l’ethnographie d’un hôpital public du Rajasthan, cette présentation montrera plus largement les raisons pour lesquelles la santé de la reproduction constitue un prisme privilégié pour étudier les rapports sociaux de classe, de caste, de sexe et de religion en Inde contemporaine. 

La maternité renversée : le rituel de l’allaitement (dūdhpilāna) dans la communauté hijrā.

Mathieu Boisvert Département des sciences des religions, UQÀM

Le réseau familial d’une femme sud-asiatique est double : d’une part, elle entretient des liens māyika avec sa famille biologique depuis sa naissance et tout au long de sa vie, mais elle développera, d’autre part, des liens sasural qui deviendront encore plus structurant au sein de la famille de son époux suite à son mariage.  Mais voilà, il semble qu’au sein de la communauté hijrā sud-asiatique, les choses sont inversées.   Les hijrā constituent un groupe social fortement marginalisé puisque les individus qui le constituent sont nés hommes, mais arborent une identité féminine. Les hijrā sont généralement exclues de leur famille biologique et vivent en communauté relativement fermée au sein de laquelle de nouveaux liens familiaux – symboliques cette fois – sont reconstitués. Lors de son intégration au sein de la communauté hijrā, la nouvelle recrue tisse des liens sasural avec sa guru-hijrā, tout comme si cette dernière était son époux. Puis, une fois qu’une hijrā est bien établie au sein de la communauté – et que les liens avec sa famille biologique sont définitivement rompus – celle-ci a la possibilité de se doter symboliquement d’une mère hijrā. L’objectif de cette présentation est d’analyser la reconstitution de ces liens familiaux au sein de la communauté hijrā  et, plus spécifiquement, l’établissement d’un réseau familial māyikā symbolique à travers le rituel de l’allaitement (dūdhpilāna). 

Session 2

10 février 2022

Reading, Writing and Interpreting Maternal Figures, Human and Divine Lire, écrire et interpréter les figures maternelles, humaines et divines

Campus UQÀM
11:00 am - 1:00 pm

Of Woman Born: Motherhood in Sikh Scripture

Drawing upon Adrienne Rich’s iconic title, my paper focuses on motherhood in Sikh scripture, the Guru Granth Sahib. A rich multifaceted conception of motherhood is vividly present in this central sacred text, yet it is absent in the Sikh public memory for the most part. What is the patriarchal glitch that produces such a disconnect? How do we recover those vital textures in the Sikh imaginary? Together we will explore the ontological, epistemological, and psychological dimensions of motherhood pervading the Guru Granth Sahib, and reflect on their empowrering implications in society.

Yasodhara: Not Just Rahulamata

Vanessa Sasson Marianopolis College

Yasodhara does not often get the limelight. She is the wife of the one who would become the Buddha, perhaps a harem figure of minimal importance, the nameless mother of the future Buddha’s son. But as we shall see, Yasodhara is a much more complex character, the role she plays in the Buddha’s lifestory much more central than we have often recognized. The Jatakas place her beside the future Buddha in countless past life narratives, and in their final life stories, shetakes birth right alongside him at the same moment, in the same kingdom. In the Buddha’s multi-life narrative, Yasodhara is not just playing a silent role; she is the Bodhisatta’s multi-life partner, sharing a story with him for generations. In Yasodhara and the Buddha, I follow the hagiographies of the past to create a contemporary narrative, giving Yasodhara the limelight and speaking her story in her own voice.

Session 3

17 février 2022

Pratiques spirituelles et maternelles de l'Inde en contact avec l'Occident

Campus ULaval
12:00 pm - 2:00 pm

Les "matterns" de la Mère dans le cas de Mirra Alfassa (1878 - 1973)

David Brême Université du Québec à Montréal

Cette conférence présentera différents « matterns » (terme analogue aux « patterns ») ayant construit l’identité et les représentations de la Mère, nom donné à Mirra Alfassa à partir de 1926 à Pondichéry par Sri Aurobindo (révolutionnaire indépendantiste et yogi bengali) et ses disciples, qui deviendront également les siens. Née à Paris en 1878, Mirra Alfassa partit en Inde en 1914 et y demeura définitivement de 1920 à son décès en 1973. Nous explorerons des matterns religieux hindous de la Mère extraits des Védas, des Puranas et du Mahabharata, des matterns politiques instrumentalisés par des mouvements indépendantistes indiens, des matterns théosophiques ayant imprégné la pensée ésotérique de Mirra Alfassa avant son arrivée en Inde, enfin des matterns socio-éducatifs associés à Mirra Alfassa au titre de fondatrice d’écoles et socio-religieux au titre de responsable de l’Ashram de Sri Aurobindo. L’ensemble de ces matterns ont participé à construire la figure de « la Mère » et sa dénomination comme telle en tant qu’autorité spirituelle et religieuse indienne.

"Sans violence" : Frédérick Leboyer à la rencontre des mères indiennes

Florence Pasche Guignard Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval

L’obstétricien français Frédérick Leboyer (1918-2017) est connu comme le promoteur de la « naissance sans violence ». Son parcours de vie a rarement été examiné en portant attention à ses dimensions spirituelles et à la « rencontre » entre l’Inde et l’Occident. Né dans une famille juive française, Leboyer est devenu l’un des disciples du maître spirituel indien Swami Prajnanpad. Leboyer a joué un rôle dans la transmission de pratiques autour de la grossesse et de l’accouchement auxquelles il a été exposé lors de ses séjours en Inde, principalement dans les années 1960 et 1970, et qu’il a ensuite contribuer à populariser en Europe et en Occident par ses publications, photographies et films. Cette partie de sa vie et son parcours spirituel à la rencontre de l’Inde, des mères en Inde et de « Mère Inde » reste peu documentée. Cette contribution examinera donc comment et à la suite de quelles expériences et rencontres Leboyer a ramené de l’Inde à l’Europe le chant et le yoga prénataux, le travail du souffle dans l’accouchement, et le massage des bébés.

*La recherche sur laquelle est basée cette présentation bénéficie d’une subvention du Fonds Cardinal-Maurice-Roy (Université Laval).

Session 4

24 février 2022

Figures maternelles dans les textes et les imaginaires shivaïtes et bouddhistes

Campus ULaval
12:00 pm - 2:00 pm

Les implications religienses de la maternité adoptive de la déesse Parvati dans le Skandapurāna : instrumentalisation, émancipation ou intégration des femmes ?

Amandine Wattelier-Bricout Groupe de recherches en études indiennes, Université Sorbonne Nouvelle Paris 3 - École Pratique des Hautes Études

Le Skandapurāṇa, oeuvre religieuse sanskrite composée à la fin du VIème siècle, construit sa narration sur le désir de maternité de Pārvatī, épouse du dieu suprême Śiva. Alors que cette dernière a mis tout en oeuvre pour devenir mère, les dieux la privent du fils utérin tant désiré. Finalement, son désir d’enfant est apaisé par l’adoption d’un arbre aśoka, selon un rituel que Śiva lui a enseigné. Ce rite a été cité dans les compilations rassemblant les pratiques pieuses jusqu’au XVème siècle, ce qui laisse penser que des femmes ont, à l’image de la déesse, adopté des arbres comme fils. L’enseignement dispensé par Śiva stipule que le bénéfice de cette adoption est de sauver le père adoptif des enfers, que ce rituel est destiné aux couples sans enfant, qu’il doit être réalisé par une femme, et même que l’arbre adopté est le seul véritable fils capable de sauver son père des enfers. De fait, sa réalisation ne profite qu’au père adoptif. On peut alors se demander pourquoi celle-ci est confiée à son épouse et quelles implications on peut déduire de ce rôle crucial donné à la femme. Est-ce une émancipation, une instrumentalisation ou une simple intégration de celle-ci dans l’accès au salut des hommes? Pour répondre à cette question, j’analyserai le rituel prescrit à la lumière de sa transposition sur le plan mythologique et montrerai que l’adoption de l’arbre aśoka par Pārvatī oblige à une réévaluation du bénéfice et du bénéficiaire du rituel enseigné.

Une question de choix : la maternité dans les textes pālis

Pascale Engelmajer Carroll University

D’un côté les textes pālis présentent la maternité comme équivalente avec la féminité : les souffrances spécifiques qui caractérisent la condition féminine sont toutes liées à la maternité, qu’elles soient sociales comme l’obligation de se marier et d’aller vivre dans la famille de son époux, ou qu’elles soient biologique comme les menstrues, la grossesse et l’accouchement. Dans cette optique, la maternité ne constitue pas un choix, mais une obligation biologique et sociale incontournable pour tout être humain de sexe féminin.

D’un autre côté, les textes et leurs commentaires décrivent certaines mères comme ayant « choisi » leur rôle de mère comme une voie spirituelle de la même manière que le bodhisattva a choisi son rôle de futur Bouddha. L’exemple le plus notable est celui de Māyā, la mère de Siddhartha Gotama, l’homme qui atteint le but ultime du Bouddhisme, le nibbāna, et devient le Bouddha. En m’appuyant sur les analyses de Mahmood (2005) et d’Abu Lhugod (2018) dans le contexte des femmes musulmanes, je souhaite montrer comment les textes pālis développent un chemin sotériologique qui permet aux femmes « d’habiter la norme » des réalités sociales et biologiques de la maternité.

Session 5

3 mars 2022

Surrogacy in India : ethical, ritual, spiritual dimensions La gestation pour autrui en Inde : dimensions éthiques, rituelles et spirituelles

Campus UQÀM
11:00 am - 1:00 pm

Projection du documentaire Womb On Rent (2013)

Ishani K. Dutta Carrot Films
Sheela Suryanarayanan Hyderabad University
Sucharita Sarkar D.T.S.S. College of Commerce
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